2007

Mohammed EL AMRAOUI     

Né en 1964 à Fès (Maroc), Mohammed El Amraoui vit à Lyon depuis 1989. Membre de l'association théâtrale Les Masques et du Ciné Club à Fès, entre 1979 et 1985. Etudes de linguistique et de philosophie. Anime depuis 2001 la revue Les Cahiers de Poésierencontres.
Ecrit en français et en arabe. Participe depuis plusieurs années à des lectures publiques de poésie, seul ou avec des musiciens dans différents lieux en France, au Maroc et à l’étranger.

(à suivre Extraits de De ce côté-ci et alentour, éd. L’idée bleue / Le Dé bleu, 2006)
     Photo : Michel Durigneux


1
Comme abîmé par un choc quelconque, l’oeil boite un peu, et la nuit n’est pas stable mais rôde autour, les ruines se gonflent d’air, l’air s’appelle l’invisible, et ça frôle la peur, des taches de clarté vibrent ; ici réel et pensée se courbent_

et tout appui s’écroule,

le noir se rétrécit dedans, que murs seulement inachevés sans toit, que dalles

et pierres et herbes sauvages, mais l’ivresse évase le temps et l’espace. Mon corps, ma langue tombent en connaissance libre, en connaissance de cause

2
Mais soi déjà est confus : suis maintenant ici regardant ailleurs hier, ou, suis maintenant ailleurs regardant toujours ici, cela revient au même, le même oiseau griffe l’horizon,
s’accroche
à

la ligne
qu’ont voit
et qui n’est pas

(à notre image quand nous passons par-là)

L’ailleurs s’est endormi derrière debout, debout telle une frontière encore

3
Mon nom

déformé
par

      la langue
(celle qui me reçoit)

se décroche, je le maintiens dans mes mains, et le bats avec l’angle de la pierre, mais je n’arrive à l’effriter. Les étincelles n’ont pas la forme de lettres – rainures seulement qui placent le noir entre elles, se dé-

placent, puis se re-
constituent.

Quant aux choses dans ma bouche, je leur accorde, chacune, deux noms, et quelquefois deux sexes, quand c’est des choses disons palpables, mais aucun nom pour l’ineffable, ah ineffable, dis-je, voilà le mot, quand, de retranchement en retranchement, de pourquoi en pourquoi jusqu’au bégaiement ultime de parce que, quand on lève les mains disant seulement parce que, je l’aurais compris,

     la langue – comme le sexe,

l’organe

l’obstacle aussi


Cela se termine par trente-six prénoms, comme on appelle les gens les plus proches, et par des noms de lieux qui étendent au pays la proximité affirmée. Toute nomination devient alors le prénom de l'exil. Car Mohammed El Amraoui a, dans ce lieu de Liré et dans ce beau livre, emboîté modestement, comme mine de rien, le pas à Joachin, éternel exilé du XVIe siècle et des autres.
Ce livre apparaît à ses premiers mots comme une sorte de journal intime, avec la datation de la page (Février fait une première halte dans le bloc-notes). Si rien ne démentit cette impression, nous savons cependant rapidement que quelque chose, le réel luimême ou le rapport qu'entretient le poète avec lui, va nous entraîner ailleurs (Un moteur vrombit, […] je le regarde et l'écoute comme une métaphore d'autre chose). L'écriture, celle qui s'affirme comme le parler du poète, semble se faire d'elle-même, sans contrôle : et les cordes ne maîtrisent plus le débit d'air dans les assemblages qui se veulent sens. Car tout est là : ne pas laisser à la voix la possibilité de se maîtriser ; à partir du larynx, on peut mentir, disait un jour un commentateur d'opéra. Il faut donc laisser venir de tout le corps, de tout l'être, avec son présent et sa mémoire, avec son histoire en cours.
Ce qui remonte alors, ce qui vient de ce côté-ci, est l'écho sur la page de l'exil dans lequel tout être est pris, et qui le constitue : je peux regarder alentour, je n'y serai jamais. La proximité est en même temps une vérité qui m'habite, un désir qui m'anime, un leurre qui me piège. Et dans cet alentour lui-même, fait d'arbres, de vent, d'êtres et de mots, le poète El Amraoui perçoit une multitude d'exils (des enfants creusent avec ardeur précoce un grand fossé dans le réel), un exil en abîme que seule peut énoncer la poésie. La cheminée du vieux château détruit par les guerres de Vendée apparaît comme une silhouette restée hors-présent dans le présent : tel le mot, elle reste figée, pas de fumée qui fume illustration seulement // encrassée // (l'encre / du poète / la remâche / comme on remâche un passé). A l'instar de la cheminée, donc, dont la nomination a précédé l'existence, le langage du poète est de nouveau le lieu d'un exil par lui renouvelé, le sens écrit des choses aujourd'hui " en un stile aussi lent que lente est ma froideur " ; et, dans les textes suivants, la durée où je suis est un ici loin d'ici, avec Mon nom // déformé / par // la langue / (celle qui me reçoit).
Lieu d'exil, la langue, celle du poète, dit les exils, comme, dans la guérite, le garde civil espagnol / dit // " C'est un condensé / de désespérance ". Mais le livre de Mohammed El Amraoui ne se contente pas de l'être. Travaillant à bras-le-corps le lieu qu'est l'écriture, il la fait regorger de sens. Et je marche, dit-il, et marchant, il écrit, mâche les mots, les vers, la prose, les charge d'histoire, de signatures illustres et inconnues, et les emmène dans sa marche. C'est là que tout se fait. La question de dire cela se pose par terre.

Yves Jouan
article paru dans N4728 n° 11
 
MALOSSOL     


“On ne fait pas de musiques traditionnelles, car on ne sait pas le faire. On ne fait ni du rock, ni du ska, ni du reggae, ni du jazz, ni du tango (non argentin), ni même de la musique de chambre, car on ne sait pas le faire… Comme il y a encore beaucoup d’autres musiques que l’on ne sait pas faire, un beau
jour l’hiver, on s’est décidé à faire une musique (non) traditionnelle de l’Est”

Une musique qui est à l’ouest de L’EST, à l’est de L’OUEST, délicieuse et indigeste, comme toutes musiques sans chef d’orchestre (de L’EST).” Voilà comme le groupe se définit lui meme, mais cette fausse modestie ne laisse transparaître le côté novateur voire experimental de leur musique et surtout “l’enflammement” des scènes qu’ils écument depuis une quinzaine d’années.

Pour tout savoir sur Malossol :
http://monsite.wanadoo.fr/malossol.blabla/
Sage comme une image
      Nolwenn Godais


Deux ans passés dans une école de dessin lyonnaise n'ont pas suffi à convaincre Nolwenn Godais qu'on pouvait vivre de cela. Alors, elle s'est tournée tout naturellement vers un autre métier, celui de bibliothécaire. Nolwenn travaille depuis un an et demi au secteur jeunesse de la médiathèque de Vénissieux mais n'a pas laissé tomber pour autant ses crayons. "Je me suis rendu compte très tard qu'il existait des gens qui faisaient des dessins dans les livres. Même aujourd'hui, cela ne me paraît pas possible!" Pourtant, Nolwenn a déjà illustré un premier livre et un second vient tout juste d'être imprimé.
 

"D'autres vont suivre", assure-t-elle. On la croit volontiers, surtout lorsqu'on feuillette son premier ouvrage, In urbe animalia, sous-titré "Les animaux dans la ville" et publié chez Points de suspension. Évidemment, et ça ne rate pas avec Nolwenn Godais, on aime bien se faire raconter sa "première fois" par l'auteur d'un livre. "J'en ai eu l'idée en 1998. J'avais fait un texte et des images. L'éditrice à qui j'avais montré mon projet a préféré les illustrations au texte. Elle m'a remballée! Longtemps après, j'en parle à une copine, qui trouve mon texte nul. Vexée, je lui ai dit qu'elle n'avait qu'à le réécrire, ce qu'elle a fait. Il s'était passé cinq ans. Je suis retournée voir la même éditrice et le livre est sorti. C'est In urbe animalia, dans lequel on a poussé le décalage entre un enfant des villes et les animaux de la savane." Le texte d'Anne-Laure de Keating-Hart décrit les animaux sauvages (buffle, guépard, éléphant, girafe, etc.) tandis que les dessins de Nolwenn montrent totalement autre chose. Dans l'histoire, un enfant (rouge) se promène dans une ville en noir et blanc et croise un gros monsieur aux moustaches dignes de celles de Salvador Dali (le buffle), une dame toute en jambes (la girafe), une moto avec son side-car (le guépard et son petit) ou des gamins en skate (les babouins). L'humour vient bien entendu de la distance et les illustrations sont très belles. Pour ce noir et blanc efficace, Nolwenn a employé une méthode peu utilisée: la pierre noire, qui est un fusain gras. Ce que la jeune femme revendique par-dessus tout, c'est son indépendance et sa liberté de création. Ainsi pour le noir et blanc : elle ne tenait pas à le supprimer au profit de couleurs beaucoup plus vendeuses. Car ce qu'elle recherche avant tout dans ses illustrations, c'est le plaisir. "Mon boulot, c'est la médiathèque. Je n'ai pas envie de publier n'importe quoi. Avoir un travail, cela me donne une liberté de publication et de création." Après ce premier essai transformé, Nolwenn s'est remise sur sa planche. Son deuxième livre, Salif de Yabatalou, toujours destiné à un public jeune, elle l'a fait toute seule. "C'est un album documentaire sur les Dogons du Mali, publié chez Grandir. Je suis allée dans ce pays une première fois. Je m'étais arrêtée de dessiner, j'ai repris un carnet et m'y suis remise. Puis un éditeur m'a demandé d'approfondir mon travail, ce qui a donné cet album." Aidée par un ami dogon, guide touristique, Nolwenn est emballée par le Mali, au point de préparer un autre album qui s'y rapporte. "Il est pour une collection, "Les terres des hommes", qui raconte la journée type d'une famille dans une ethnie. Après un petit topo sur le pays et les gens qui y vivent, je raconte ce qu'ils font. Ce sera comme un livre de géographie pour les enfants. Le but de cette collection est de développer la relation humaine et le travail avec les gens du pays." Pour dessiner les Dogons, Nolwenn a opté pour une encre avec des pastels de couleurs. Pourtant, elle le reconnaît ellemême: "La couleur est un truc que je ne maîtrise pas du tout. Ça ne m'empêche pas d'y travailler". Les dessins aux murs parlant de ses projets (elle voudrait peut-être, après le Mali, faire le même type d'ouvrage sur la Russie, où a vécu une de ses amies), elle ajoute néanmoins: "Mais c'est trop facile de rester toujours dans le même créneau". Nolwenn veut se remettre en question. Elle explique cela: "Quand j'ai recommencé à proposer des projets, une éditrice m'a dit de réapprendre à dessiner, en faisant un dessin par jour. Je les ai faits. Quand on s'exerce ainsi, de façon gratuite, de petits éléments peuvent amener d'autres choses". Lorsqu'elle travaille, Nolwenn accroche tous ses dessins aux murs. "Si je pars dans deux directions, je me demande laquelle choisir. Parfois, c'est la mauvaise aussi j'aime bien qu'un éditeur me donne aussi son avis. Quand on faisait In urbe animalia, Anne-Laure me disait que le mieux est l'ennemi du bien et qu'il ne faut pas perdre sa spontanéité. On dessine avec ce que l'on est. Cela ne s'apprend pas. J'essaie que le premier jet soit le plus sincère possible." Intimidée, sage comme une image, peutêtre même plus sage que celles qu'elle dessine, Nolwenn a du mal à parler de ses créations et insiste sur ses défauts. "Je suis lente", assure-t-elle. Huit ans se sont écoulés entre les premières esquisses d'In urbe et le livre terminé. Un an pour celui sur les Dogons. "Et aussi exigeante. J'ai toujours des regrets. Mais pour le prochain livre, je me trouverai moins d'excuses."

Jean-Charles Lemeunier - Journal Expressions

Denis Jambon

                        Bonum Vinum
               
laetificat spiritus

Dans notre façon de cultiver la vigne et d’élaborer nos vins, c’est un combat quasi quotidien que nous menons contre l’industrialisation de la viticulture.
A l’image des autres secteurs d’activité, il est encore des esprits libres qui résistent chez les paysans.
Cela ne va pas sans mal, face à des financiers évidemment sans foi ni loi -ou plutôt : avec des lois régissant le commerce élaborées par eux donc pour eux-. Ainsi va « la crise ».
Ce qui intéresse l’agro-business, c’est le bénéfice net.
On va jusqu'à faire croire que c'est le pays où les rendements sont les plus bas qui est à l'origine de la surproduction mondiale!
C'est la pression tous azimuts pour imposer leurs propres règles de production. La recette est nette et sans appel : annihiler les notions de terroirs, de typicité et même de cépages, par des modes de culture et de vinification conduisant à standardiser les Vins.
Vins sans âme, qui peuvent être les mêmes – technologiques et artificiels – tout autour de la planète.
Ils font fi de nos savoirs-faire ancestraux, basés sur l'observation, la compréhension et l'acceptation de l'influence de la Nature.
Positivement, en résistant contre ce système on remet l'Homme au coeur de la Société.

Oui, un autre monde est possible.

Denis Jambon - paysan vigneron
165 rue Baudelaire / 69910 Villié-Morgon
www.vindespoetes.com
Une librairie à découvrir
       à plus d'un titre !


Alain LÉGER connaît parfaitement l’univers du livre. Avant de créer sa librairie A plus d’un titre en 1998, il fut responsable à Grenoble d’une librairie spécialisée dans le polar. Depuis, il n’a eu de cesse d’imaginer de nouveaux concepts. Soucieux de promouvoir le livre sous toutes ses formes, il a décidé d’allier la vente du neuf, de l’occasion et des soldes éditeurs. À ce jour, A plus d’un titre est la seule librairie de son genre dans la région lyonnaise.
La librairie est aussi un espace public d’échange et de discussion.
Avec la création récente de la salle Patrick Lelièvre, située à l’arrière de la librairie, Alain Léger peut organiser des lectures, des rencontres, des conférences, des expositions… Chaque mois, de quatre à cinq rendez-vous y sont fixés.
Par ailleurs, la librairie publie une gazette mensuelle où libraires, clients, amis, lecteurs peuvent s’exprimer. Le programme de la salle Patrick Lelièvre y est annoncé ainsi qu’une sélection de livres.
D’autre part, A plus d’un titre prolonge son activité sur les quais de Saône par une bouquinerie les samedis et dimanches, parfois les mercredis et vendredis.
www.aplusduntitre.com